La gestation

Publié le 31 Janvier 2014

- Arrête de gestationner! s'exclama un des deux flics.

Encore un flic célibataire… Il voulait exposer son savoir et il s’est fichu la honte, arrête de bouger aurait suffit.

- Pourquoi tu rigoles ? Reprend-il.

- La gestation Monsieur l’agent, ça m’a fait sourire.

- On dit arrestation, répliqua son collègue. Et en plus de ça t'es un sans papiers, vu comme tu parles si bien! Ça se voit que tu n’es pas d’ici toi. Et ça te fait rire en plus…

 

Deux célibataires… qui me tutoient en plus, peut-être que chez la police tout est singulier.

Il avait presque raison pour mes papiers, heureusement pour moi il me restait mon permis et les papiers de mon véhicule.

- Pouvez-vous me déposer à la maternité ? Demandais-je en tentant ma chance. Ma femme m’attend, elle doit accoucher.

- Elle a qu’à serrer les fesses.

- Si Patshou avait entendu…

- Patshou, c'est quoi ce truc ? C’est un Dieu à vous ça non ?

- Oui, oui… un dieu à nous bien sûr.

Après quelques minutes, je leur explique la situation : le ticket oublié dans le portefeuille ; le portefeuille oublié au parc, le coup de téléphone de ma femme ; les 9 mois de bonheur à attendre ce coup de téléphone, et mon devoir de père, mon devoir de mari… Mais ça n’a rien changé à la situation, ces deux flics ne me déposeront pas à la maternité.

On s’arrête enfin au bureau de la police municipal de la ville. Un bureau très simple, sur un étage : passé la porte d’entrée on arrive sur un long couloir qui mène à la pièce de détenu provisoire (visiblement occupé par quelqu'un). Juste en face, une petite salle fermée et des toilettes, que je suppose bouchée (sauf si cette odeur venait d’un des policiers… ou d'un cadavre caché dans le coin peut-être ? ). Un bureau à gauche, et derrière ce bureau une grande vitre, barricadée, avec la vue sur le parking. Impossible de ne pas être attentif à la Citroën AX sur le parking.

Je porte là une pensée pour cette personne de toute à l’heure. J’en viens même à me faire un scénario dans ma tête, imaginant un super héros qui viendrait à ma rescousse quant au même moment la porte par laquelle on est arrivé s’est ouverte. J'ai jeté un coup d’œil furtif mais faux espoir, c'était la factrice. Et ces deux agents ne seraient même pas galant pour un sou, ils pourraient lui dire bonjour, je ne sais pas un truc, me laissant une ouverture quoi. Bref, j'avais besoin de parler à mon épouse.

- J’ai le droit à un coup de téléphone ? Demandais-je.

- Oui !

- Aïe ! Quel crétin celui-là ! Sa blague du jour, me mettre un coup avec son téléphone portable.

- Appelez-la maternité, mon épouse doit m’y attendre, faites-lui savoir que je suis désolé.

***

L’Homme était au courant de tout ce qui se passait. Avec ces vieux réflexes d’ex-futur père expérimenté, il mettait dans un sac de sport tout ce qu’il a pu récupérer de la naissance de ses deux enfants. Patshou avait appelé Mme Bouda, puis avait également prévenu la maternité de mon éventuel retard afin que les sages-femmes lui tiennent un peu compagnie.

Pour répondre à la question de cet agent à propos de Patshou : non, ce n’est pas un dieu à nous, mais à cet instant, on aurait pu dire un ange-gardien de l’heureux événement qui se déclenchait. Et si j’allais m’en sortir ce soir, c’est grâce à elle. Elle a suivi toute la scène, depuis le parc jusqu'au poste, et je vous l’ai déjà dit. Elle fait ce qu’elle a à faire, même si ce n’est pas dans la règle de l’Art… Et pour me sortir de là, elle a fait un coup de maître.

La gestation

Rédigé par Zaza et Patshou

Publié dans #la nouvelle

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