Témoignage 6 mois après ...

Publié le 23 Août 2013

Ce jeudi soir, après le diner nous avons pris le temps de se recueillir et de se remémorer ce 22 février. 6 mois complets se sont écoulés et aujourd'hui je voulais vous faire une fois encore un témoignage.

Durant ces 6 mois nous avons fait du chemin avec mon épouse, parfois ensemble, souvent chacun de son coté et ça n'a pas toujours été facile.

L'accouchement

Y a des choses à dire, des choses qui sont restées dans ma tête. Tout d'abord la psychologue de la maternité. Elle était bien, elle a commencé par nous écouter tous les 2, puis chacun individuellement... Et 10h plus tard, il a fallu 2 contractions pour faire naître ma fille, sans vie. Il a fallu 2 contractions pour "libérer" mon épouse d'un poids lourd à porter.

J'étais Zaza le Mari, très loin d'essayer à satisfaire mon égo de Papa, je me suis contenté (voir conforté) de me mentir, de me faire une raison, une fausse raison qui a permis d'être souriant, rassurant et mon épouse avait toute mon attention... Avec tous les désagréments de me savoir impuissant des réactions frissonnantes des effets des médicaments utilisés pour provoquer un accouchement. Nous avons à la fin de cette journée été récompensés par la venue de notre princesse à la peau douce comme la pêche. J'ai voulu lui apporter les premiers soins, et le peau à peau mais j'avais peur... Elle était trop fragile et j'avais peur de la briser, je voulais coupé le cordon mais c'est aller trop vite. Bref, j'ai rien fait comme ce qu'un papa aurait pu faire à un accouchement.

 

Les trois premiers mois

Les trois premiers mois devaient être réparateur. Après avoir annoncer la triste nouvelle il fallait redonner espoir, certainement pour rassurer les proches, et surtout pour nous encourager nous pour l'avenir. Mon épouse était en congé maternité : période durant laquelle nous sommes parti aux caraïbes, en espérant trop fort qu'après ça tout se remettrai en ordre. Et bizarrement, sur place ça a marché. Mais de retour à la maison, le vide de sa chambre, le silence de son absence et la lecture des mots de deuil qu'on nous avait envoyé par courrier, par mail ou par carte, nous font vite replonger dans cet état de tristesse. Je repris le boulot 2 semaines après notre retour et ma femme était en congé maternité. J'ai pas ressenti le besoin d'être suivi par la psy dès le début, car je me voyais à un stade déjà reconstruit. C'est vrai je l'étais, la psychologue m'a d'ailleurs qualifié comme quelqu'un de résiliant (quelqu'un qui est affecté par un traumatisme, et qui prend acte de l'événement traumatique pour ne pas vivre dans la dépression, et se reconstruire). Mais ma restruction était bancale. Mon traumat s'est réveillé en juin, période à laquelle mon épouse se remettait à briller, à être joyeuse et à reprendre le travail... La période à laquelle ou nous parlions sincèrement de reprendre le projet depuis le début. Nous avons retrouvé cette "liberté" de se reconstruire en 3 mois. 3 mois était la prescription médicale du gynécologue et des différents médecins, mais c'est aussi le temps qu'il a fallu pour accepter que "nous allons RE-faire un enfant", qu'il faudra lui laisser de la place sans oublier sa grande soeur.

 

Et après 
Cette liberté m'a intrigué puis a réveiller en moi tout autre chose. D'abord dans mon subconscient, Elle s'est matérialisé par des cauchemards, des visions déformées de l'accouchement. Puis, forcé de me réveiller en sur-saut, d'essuyer mes sueurs et de me perdre mon rythme de sommeil... Le retour en force du traumat rattrapa ma conscience. Etait-ce le baby-blues ? Une dépression post-partum de Zaza, le papa, c'est possible tu crois ? Mon côté rationnel a disparu l'espace d'un temps sur un de mes raisonnements pour me laisser dans une angoisse, un doute semblable à se dire "je porte la poisse", une chose que j'ai appelé : mon idée folle. Seules quelques personnes, que je compte dans les doigts d'une main savent de quoi il s'agit. Elle est irrationnelle, impossible et insensé, infondé, mais elle m'habite, c'est bien le principe d'une idée.

Mon blues fût court et bref. Si je l'ai exprimé à si peu de personne mon idée folle c'est parce que j'ai compris vite une chose... on ne la comprend pas, elle est irrationnel, elle n'a pas de sens, donc on ne me comprend pas. C'est un raccourci, mais c'est ce que j'ai ressenti. Mais ce qui a reprit le dessus c'est mon sentiment d'avoir à terminer la tombe de ma fille. En juin, nous avons alors commandé un monument et depuis, je m'impatiente de voir son nom et son prénom gravé sur le marbre de son monument. Et rien que ça, ça lui donne une vie. Je m'attache beaucoup à la courte vie de notre fille. C'est aussi un devoir de mémoire, je pense.

Durant ces six derniers mois, j'ai revu pas mal de proche, mais malheureusement pas tous car un peu distant. Je remercie d'ailleurs ceux et celles qui ont trouvé le temps de venir nous voir, qui ont trouvé le temps de se recueillir. Je remerci aussi tous ceux qui prennent des nouvelles, de mon épouse, demandant comment elle va, comment elle se porte. Je garde aussi un goût amer de ceux qui m'ont dit "Et ton épouse comment elle va, toi je te demande pas" (cherchez pas c'est des Suisses), et la pire chose qu'on m'est dit c'est "toi ca va aller, tu l'as pas porté".


Et aujourd'hui, comment on se sent ? Bien. Triste parfois, les souvenirs sont encore douloureux mais on va bien. On dort avec notre fille en tête, on se réveille avec notre fille en tête, on la porte en nous, elle a une place. Le monument est bientôt posé et nous aurons enfin le bonheur d'avoir un lieu de recueil à son nom, à sa place.

 

L'anecdote

Etant frontalier, et cotisant à une mutuelle privée, nous avons reçu la facture de l'accouchement à payer. Evidemment la mutuelle allait la payer à notre place. Mais faute de problème de comptable à la maternité, nous avons reçu une facture de 1 395 € pour 1 nuit, 2 jours à la maternité. On a jamais vu le gynéco de garde. Si vous vous posiez la question du prix, et bien vous pouvez vous faire une idée à présent (sans compter les divers rendez-vous chez l'anestésiste avant accouchement).  

Rédigé par Zaza

Publié dans #ô la belle vie

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